Comment j’ai donné le goût du solfège aux enfants

Je suis professeur de piano et d’éveil musical depuis plusieurs décennies. Au fil du temps, j’ai accepté d’enseigner le piano à des élèves de plus en plus jeunes en démarrant (à l’occasion) l’apprentissage dès l’âge de 3 ans ½. Comme beaucoup de mes confrères, j’ai beaucoup tâtonné…

Fallait-il jouer au piano les quelques chansons que les enfants connaissent? Simplifier les premières leçons des méthodes usuelles pour débutants? Compter les touches du clavier et montrer tous les “do”? Dessiner des clés de sol et des notes? Encourager leurs petites inventions?

C’était assurément un chemin long et un peu brouillon où l’élève et moi-même pouvions nous perdre…

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Mon envie était très grande d’entendre et de répondre au désir légitime de l’enfant de “jouer du piano” ou de “faire de la musique” dès leur première leçon (et encore plus dans les suivantes). Je me suis donc trouvée dans la situation – quelque peu inconfortable – de devoir aménager une méthode fiable pour y arriver. Deux questions m’ont parues essentielles: où voulions-nous arriver à la fin de ces “maternelles de la musique” et comment en agencer le parcours?

Si nous nous référons à nos habitudes sociétales, nous observons que dans beaucoup de domaines, des approches spécifiques sont élaborées en faveur du jeune enfant. S’il accompagne ses parents au restaurant, un “menu enfant” lui est proposé. A la plaine de jeux, les engins sont adaptés à sa taille et sa force. Lorsqu’il se rend à la bibliothèque, des albums-jeunesse contiennent beaucoup d’illustrations et souvent peu de mots. Pour apprendre à faire des puzzles, il découvrira une offre époustouflante de pièces à placer et ainsi il pourra progresser du “très peu” à “beaucoup” en toute confiance.

En m’inspirant de ces pratiques, il m’est apparu que nous pouvions donner aux très jeunes élèves les bases nécessaires pour aborder avec fruit des “études musicales classiques”. L’expérience m’ayant démontré que 2 ou 3 années d’étude ludique tout autant que respectueuse des fondements musicaux suffisent.

Me prenant au jeu, il m’a fallu une vingtaine d’années de recherches et d’observations pour trier et sélectionner les divers critères à retenir pour élaborer la méthode sensorielle Arc-en-Sons Piano. Cette tâche longue et ardue, bien que passionnante par ailleurs, était capitale dans ma démarche. Elle m’a amenée à me poser des questions de stratégie sur divers points à développer.

Par exemple, il me semblait naturel que le choix d’un format pratique pour les petites mains, qu’un graphisme simple et une présentation haute en couleur rendraient les albums attrayants pour les petits pianistes. Par contre découvrir par “quoi” remplacer la lecture des notes était beaucoup moins évident. L’étude (en imitation prof-élève) de chansons simples, bien rythmées et doublées d’un visuel mnémotechnique fut la solution adoptée.

Bingo! Nous étions en plein travail sensoriel et pouvions consacrer le nombre de leçons nécessaires à une imprégnation musicale suffisante. Finalement, il s’agit du même processus que celui vécu lors de la période de l’apprentissage oral et culturel de la langue maternelle, qui précède l’écriture et la lecture de celle-ci.

Pour amener l’enfant à devenir autonome dans son travail, j’ai toujours accordé la priorité au ludisme. La notion – primordiale en musique – du travail à domicile lui en sera grandement facilitée. Gardons à l’esprit qu’un enfant qui a pris l’habitude de jouer et rejouer ses morceaux préférés sera apte à partager ses coups de cœur avec un auditoire à tout moment. Ainsi, après quelques années de tests auprès de mes élèves, et tenant compte de leurs observations parfois fort judicieuses, je pense pouvoir enfin offrir un outil qui améliorera la promotion de la musique dans le monde des jeunes claviéristes.

S’il est une chose dont je suis particulièrement heureuse, c’est que j’ai réussi à penser et élaborer la Méthode Sensorielle comme un tout où le solfège est introduit au moment voulu par le professeur. Dès lors, des liens peuvent être constamment créés entre les leçons de piano et celles de solfège. Tout le long du processus d’apprentissage, des notions “basiques” sont distillées, expliquées et entraînées immédiatement après leur présentation. Il est donc loisible, d’avancer, de flâner, de revenir en arrière suivant les besoins de l’apprenti pianiste. Ainsi, tout au long de son parcours musical, l’élève peut facilement se situer par rapport à celui-ci.

Mais surtout ! Surtout… j’ai travaillé pendant des années l’ordonnancement des difficultés proposées en les plaçant dans une progression croissante et parfaitement cohérente. Mes méthodes sont à considérer comme un outil de travail où l’enfant se sent toujours en confiance, car chaque échelon à gravir est proche du précédent tout autant que du suivant. Ceci rend bien évidemment les leçons tout aussi confortables pour l’élève que pour le professeur…

Je laisse aux utilisateurs de la méthode Arc-en-Sons Piano et Solfège le plaisir de découvrir encore d’autres aspects de ce programme dédié aux petits bouts amoureux de la musique et aux équipes de coaches bienveillants qui les supervisent.

Je ne saurais terminer cet article sans rendre hommage à tous ceux qui m’ont aidée à construire ma pensée autour de l’éducation et des méthodes actives. A cet égard, je suis extrêmement reconnaissante (et la liste n’est pas exhaustive) envers Maria Montessori, Carl Rodgers et Jean Piaget pour leurs travaux de fond.

Je voudrais aussi accorder une mention très spéciale aux musiciens pédagogues et/ou folkloristes qui m’ont permis d’enrichir mon univers artistique : Emile Jaques-Dalcroze, Carl Orff, Zoltan Kodaly, Shinichi Suzuki, Béla Bartók, Joseph Canteloube, Anne Sylvestre, Maurice Martenot, Edgar Willems et Murray Schafer. A mon sens, ces auteurs sont encore fort pertinents aujourd’hui!

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Découverte : L’immeuble Musical

Comme je le fais chaque année, j’ai arpenté les allées de la Foire du Livre de Bruxelles 2016, afin d’y découvrir de nouveaux albums, livres, CD’s, consacrés à la musique et aux tout-petits.

Parmi de nombreuses propositions pédagogiques intéressantes, j’ai remarqué un livre de contes musicaux intitulé « L’immeuble Musical ». Cet album propose de découvrir les occupants de cet immeuble insolite qui sont les notes de DO à DO qui sont sur la portée en clé de sol. Des notions essentielles y sont abordées de manière ludique autant qu’efficace pour s’exercer à la lecture des notes.

L’auteure de ce merveilleux ouvrage, Vanessa Callico, est une artiste-musicienne, qui enseigne la Formation Musicale en conservatoire dans la région parisienne, depuis plusieurs années.

Sel, sa collaboratrice a illustré cet album jeunesse avec pertinence et beaucoup de sens poétique.

Pour qui cet ouvrage ?

J’invite les professeurs de musique, bibliothécaires, parents, parrains ou marraines de petits bouts de 3 ans et plus, à faire la découverte de cet immeuble musical. Je vous souhaite de partager des moments de bonheur avec vos élèves ou vos enfants tout au long de la lecture et la relecture de cet ouvrage.

couverture HD Immeuble Musical

Découverte de l’album par des élèves

Je viens de présenter cet album à une dizaine d’élèves âgés de 3 à 10 ans. Certains ne sachant pas encore lire les notes, d’autres les lisant déjà avec plus ou moins de facilité. Quelques soient leurs acquis, tous les élèves, garçons ou filles, petits ou grands, tous ont été subjugués par ce livre qui les plongent, avec naturel, dans un monde imaginaire qui les interpelle.

Chaque note, subtilement représentée par un personnage-habitant de l’immeuble, justifie sa position sur la portée par sa personnalité et son histoire propre. Les élèves font remarquer que c’est bien plus facile de retenir le nom de la note grâce au personnage associé. Que ce soit un moyen mnémotechnique pour certains ou par attachement aux personnages pour d’autres, le résultat est là : l’enfant a envie de lire et relire les notes. Plusieurs de mes petits ont également voulu les dessiner

Pour en savoir plus et commander « L’immeuble Musical »

Dessin_denfantUn grand merci à Camille, 8 ans,
qui fait converser les notes dans un joyeux « brouhaha » musical.

Qui suis-je ?

Je m’appelle Elisabeth Navarra. J’habite à Bruxelles où j’enseigne le piano et l’éveil musical.

C’est à Bruxelles, que j’ai fait une grande partie de mes études au Conservatoire Royal de Musique. J’ai aussi travaillé en privé avec des pianistes et compositeurs connus tels que Marcel Quinet et Osvaldo Salas. J’ai suivi de nombreuses formations d’éveil musical et de pédagogie musicale active selon plusieurs méthodes en France et en Belgique. Je citerai notamment Karl Orff, Zoltan Kodaly et Edgar Willems. Les écrits du compositeur canadien R. Murray Schafer m’ont également beaucoup influencée.

Professionnellement j’ai eu l’honneur de former musicalement des milliers d’enfants et ceci dans diverses composantes de la société belge.

J’ai toujours travaillé sur des « projets créatifs » en tant qu’artiste indépendante. En proposant ceux-ci à diverses entités culturelles belges j’ai eu le plaisir de les voir acceptés et de pouvoir les mettre en place et les développer, notamment, en collaborant avec des académies, écoles primaires et maternelles, les Jeunesses Musicales de Bruxelles, le Festival de l’Enfance de Bruxelles, l’Office national de l’enfance et divers Centres Culturels.

Dans les années 80, j’ai créé une école de musique « La Scuola Navarra » où de nombreuses recherches méthodologiques ont été mises en place sous l’impulsion d’une dizaine de professeurs très motivés. Nos recherches principales concernaient l’éducation instrumentale des très jeunes enfants. De nombreux cours parents/enfants y furent créés, alors qu’il n’y en avait encore que très peu en Europe.

C’est aussi à cette époque que démarrent, au sein de l’école, les premières recherches sur ce qui s’appellera, plus tard, la Méthode Sensorielle Arc-en-Sons, suite à des recherches et aux travaux méthodologiques plus poussés et plus élaborés d’Elisabeth Navarra et de Laurence Peltier. Ensemble, elles ont écrit 14 albums Arc-en-Sons édités par les Productions d’Oz (Canada). Ces albums concernent le piano, le solfège, la guitare et les jeux musicaux. Méthodes innovantes et performantes pour l’éducation instrumentale des enfants de 4 à 8 ans.

J’ai tiens à remercier les lecteurs de cet article de présentation et leur donnerai, dans un futur proche, plus d’informations sur la Méthode sensorielle Arc-en-Sons-Piano, créée pour l’éducation instrumentale au clavier et la culture musicale des très jeunes élèves.

Elisabeth NAVARRA, pianiste et pédagogue.

Remerciements

Je tiens à remercier les nombreuses personnes qui m’ont soutenue dans l’aventure de la création des méthodes Arc-en-Sons.
Avant tout je pense à mon époux Guy qui pendant de nombreuses années m’a incitée à communiquer mes observations, trouvailles et idées pédagogiques.
Je remercie ma collègue Laurence qui, pendant vingt ans, a réfléchi avec moi aux implications de l’apprentissage instrumental des petits.  A nous deux, nous avons relevé de nombreux défis.
Un immense merci à Barberine qui a traduit graphiquement les concepts musicaux.  Ces adaptations visuelles ont grandement aidé les tout-petits dans leur parcours musical.
Un grand merci à notre éditeur canadien Sylvain et à son diffuseur français Diam pour leur professionnalisme et leur gentillesse.
Merci aux dirigeants d’institutions, parents et élèves qui m’accordent leur confiance depuis si longtemps.
Je remercie l’équipe de relecture et d’informatique: Colette, Clio, Claude, Dan, Nicolas, Bertrand et Mistral.
Et pour terminer je remercie également toutes les autres personnes qui ont contribué,  d’une manière ou d’une autre, à l’aventure Arc-en-Sons.

ELisabeth Navarra